Bossa

Fond musical.

Toute la joie d’aujourd’hui se déployait sur les milliers de rayons de l’éblouissante générosité du soleil. Ainsi, cette étoile posait toute sa lumière sur toutes les étendues, toutes les maisons, tous les lieux urbains, sur chaque prairie où miroitaient des ondes, apparaissant comme les eaux calmes d’une crique accueillante et qui apporte dans sa fraîcheur le souvenir de son origine infini, l’horizon immense et sans lien, surface verte soufflant tout l’éclat de ses courbes à travers les couleurs de ce jour, sur le volume des champs de blés balançant son ombre, à l’image du scintillement qu’il poussait à caracoler dans une danse de feu follet crépitant au-dessus de sa cime. Aujourd’hui le soleil se propageait dans ses propres reflets, de ces yeux voilés par leurs scintillements insouciants, de cette peau des gens que l’aspect diaphane rendait chaleureuse, de ces formes qui disparaissaient dans un mirage de plasma flamboyant, du courant d’air qui entraînait le bruit dans une voix qui fredonnait des rires et se diffusait dans l’ombre pour exhorter l’enthousiasme des arbres dont la caresse frémissait sur le sol.

Les couleurs apparaissaient comme si chacun les perçût pour la première fois, comme si la sensibilité naquît pour tous dans leurs nuances chaleureuses en ce jour. Un homme, pourtant, dans le paysage, ne regardait que les ombres de ce qui le croisait, les sillages sombres qui permissent à toute forme d’exister autour de lui dans ce moment. Assis au milieu de ce tableau, un individu, encore un, se partagerait la lumière avec le soleil. Dans l’ignorance qu’il ne pût l’éviter. Du milieu de la place où il se trouvait, il se leva de son banc et se dirigea vers la rue qui passait près de l’église, juste devant lui. A cet endroit, où une calme brise voulût faire glisser de douces couleurs sur les arbres qui bordassent cette allée. L’homme s’arrêta là quelques instants. Il se disait que le vent ne fût que l’esprit d’une mélodie qu’un regard insensible peignît aujourd’hui sur les feuilles. Un bruissement qui pût être entendu s’enroulait entre les ombres fraîches, que l’homme scandât les mouvements de son imagination et dessinât sur la léthargie née avec ses yeux, les sons vifs qu’il ignorât, son odorat absent, ses mains qu’il ne sentait plus, un moment présent qu’il ne perçût pas. Chaque reflet clair qui frémît sur son visage comme les entrechats d’un courant d’air qui invitât à une danse les éléments sur ce sol chaud, chaque frétillante nuance chatoyante de sa chemise animée par les souffles de cette journée colorée, évoquait sa présence dans ce rêve des lieux et des moments où il n’aperçût que son absence. Le regret d’une époque où il crût que toute sa vie se fût passé, là coulait maintenant tout son sang, comme un rêve qu’il eût repris à ce sentiment chaleureux aux mille lumières exhalées de ces venelles, où voguaient des parfums qui vous auraient transformés en passagers passionnés de leur ville, de ces feuilles, qui tournoyaient sur votre parcours d’une forêt chatoyante, de ces falaises, où le vol du vent accompagnât la mélodie du soleil qu’éteignaient à l’horizon les miroitements des vagues de l’océan, aux mille lumières qui jaillissent de ces pluies qui glissaient et scintillaient sur le paysage des corps de ces femmes qu’il avait tant aimées, avec ses mains qui descendaient comme la sollicitude du Zéphyr sur ces peaux, avec son corps qu’exprimait un contact avec ces formes corporelles, reconnaissantes et chaudes, avec ses murmures effleurant leurs lèvres.

Le personnage sortit de ses songes soudainement, sourit de bonheur au monde qu’il ressentait à présent, marcha avec une allure débonnaire dans cette rue dégagée par la chaleur et le vent, pénétra dans ce nouveau décor qu’était ce jour et disparut comme une image qui nous éblouit.

De grandes prairies irradiantes de chaleur ouvraient les chemins jusqu’aux foules qui se rencontraient.

Comme dans un univers où le temps fût une danse, chaque individu croisait ses pas dans le rythme de ceux qu’il côtoyait. Des effluves sensuels s’évanouissent les ombres surannées, s’exhalaient les regards d’azur et de plaines ambrées, les syllabes de force de la brise, la présence de peaux qui s’approchait, comme si les volontés de chacun fussent les couleurs de ce jour, l’enthousiasme qui chantât dans l’air symphonique, les personnages qui riaient.

Le paysage se détendait ensoleillé sans qu’aucune ombre ne s’opposât à ses éclats, jusqu’au plus lointain voile de lumière visible.

Dans cet espace, sous un arbre proche de l’orée d’un bois, je berçais ma flûte, en la faisant naviguer sur la vision de mes yeux donnant toute leur sollicitude aux rocambolesques chevauchées des troupeaux, sur les pacages de reflets.

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